PASSIONS
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Elle était d’une élégance, d’une distinction et d’une pudeur exceptionelles. Hommes ou femmes, rares, c’était certain, ceux qui pouvaient échapper à son charme. Ce n’était pas une séduction qui vous accable et vous submerge dès les premiers instants, mais un fluide, une source imperceptible d’ivresse, de frissons et de picotements, la légère amertume que laissent dans la bouche les plus subtiles nourritures.

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La fée qui s’est penchée sur son berceau n’avait pas que de bonnes intentions. Privée d’une enfance insouciante, elle a connu les affres de l’abandon, de la perversité et de la trahison, entre « un père abuseur et une mère abusée ». Après avoir pris le large pour sauver un avenir qu’elle voulait beau et grand, ce deuil de parents qu’elle eut souhaité aimants lui parut d’une grande violence. Soif d’amour et de tendresse jamais étanchée.

 
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Personnage lumineux, charme ravageur et regard clair. Elle aimait la douce tristesse de ses yeux, ses épaules et sa mâchoire carrées, ses mains longues et fines, ses jambes interminables et sa cambrure. Il était de ceux, rares, qui connaissent la chair des choses, le poids des vents, et savent vous dessiner un royaume. Ses bras étaient des branches infatigables et solides où s’accrocher, les jours tempétueux.

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Ace aux yeux de laquelle Il est invisible. Terrible blessure de l’indifférence. Il a cru qu’elle détenait le secret du bonheur, qu’elle lui apprendrait, que sa dédaigneuse insouciance le guérirait de ces puériles susceptibilités. Il croyait qu’elle avait souffert comme lui, et qu’elle avait finalement triomphé de sa sensibilité. Il ne sait pas s’il s’est trompé, si cette femme est forte par sa grandeur ou par sa pauvreté.

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Elle a vu le pire et le meilleur mais son cœur arc en ciel affronte sans défense les forces de cette nature en liberté. Ace découvre dans l’immédiat de la vie, des vérités enfouies, enfuies peut-être, qui remontent mystérieusement à la surface de la conscience. Une incursion dans son espace intérieur. Bouleversée, surprise dans son refuge le plus caché, elle fait face à ce qui lui manquait.

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Une vague l’avait submergée mais elle devait reprendre rapidement sa respiration pour lui répondre. C’était l’instant à saisir pour commencer un combat qu’elle voulait vivre à ses côtés, et qui sait ? …peut-être le gagner ? Elle n’était cependant pas dans le déni d’une situation qu’elle savait terriblement critique. La beauté du combat aurait son importance aussi… à défaut de pouvoir éradiquer… (ACE)

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Elle réalisait que c’était le 21 juin, fête d’une musique dont elle sentait bien que ce ne serait plus la sienne…que le monde du silence viendrait d’ici peu phagocyter sa vie et qu’elle laisserait doucement couler la femme qu’elle fut dans un océan calme et sans fond. (ACE)

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Le retour fut dans la mécanique des automatismes : une série de gestes…un mouvement sans vie… L’autoradio était en panne. Qu’aurait il fallu jouer ? Cet air de Mozart qui lui rappelait le destin d’une Karen Blixen hors d’Afrique ? Cette petite balade triste d’Adèle qu’il aimait tant ? Portée par l’émotion des arpèges, elle n’aurait pas trouvé la force de rentrer. Les filles et la maison l’attendaient. (ACE)

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Les flammes viendraient lécher les mots des lettres qu’ils s’étaient écrites, les traits des toiles qu’elle avait peintes et les photos de ce passé qu’elle avait décidé de ne fixer que dans sa mémoire. Ce serait une façon de s’approprier tous les souvenirs, les faire siens, pour mieux les imprimer dans sa chair. Puis, tout ceci retournerait à l’état de cendres. (ACE)

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Lorsque le deuil est fait, s’il est jamais fait, il reste des êtres un peu moins neufs, un peu plus cabossés, mais vivants. Et il n’y a pas de honte à vivre après. Tout rêve de remplacer, combler ou effacer est illusoire. Prendre en compte cette réalité de la blessure et ses traces indélébiles, c’est la condition du deuil accompli qui permet d’avancer sans trop trébucher, riche d’une mémoire. Les disparus survivent en nous ou meurent une deuxième fois lorsque nous cessons de nous souvenir.

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Ace était une marmotte, elle faisait l’amour en novembre, aux premiers froids, et jouissait en mai, au retour des beaux jours. Très souvent, ses amoureux se montraient consternés par ce qu’ils prenaient pour une froideur d’hiver. En vérité, elle gardait son plaisir bien au chaud et emportait ses amants à la maison, pour les finir, seule, à son rythme, et selon son plus grand bonheur.

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Un après-midi qu’ils faisaient l’amour sur un banc, dans un petit square, au centre de la Place des Vosges, un des endroits préférés d’Ace, alors qu’ils étaient sur le point de jouir très fort, il est à noter qu’Ace avait un art consommé de jouir muette lorsque la situation l’exigeait, les choses tournèrent différemment.

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Peter connut la disgrâce. Un goéland n’a jamais la moindre défaillance en vol. Il ne connaît pas la perte de vitesse. Lorsqu’il tomba, ce fut la honte et le déshonneur. Désastre incontrôlable et terrible de l’accident. Dynamité, écartelé, disloqué, brisé, meurtri, broyé dans la tôle. Ses pattes flageolèrent, ses plumes retombèrent, un bruit sec lui emplit les oreilles, le grand voile... Puis il revint à lui. Son aile dépenaillée était de plomb.