
LA BEAUTÉ
VOYAGES
ET
DÉCOUVERTES


Beauté naturelle, beauté artistique. Les traités d’esthétique du XVIIIe siècle ne faisaient pas la distinction. Dans une vision monothéiste du monde, la nature était conçue comme une œuvre d’art, réalisée par Dieu. Cependant la religion s’est effacée au fil du temps, séparant les deux domaines. Il faudra attendre près d’un siècle et demi pour que ce clivage soit effectif, avec l’apparition de l’esthétique environnementale.
Pourquoi éprouvons-nous tant d'émotions devant le spectacle de l'océan déchaîné ou la contemplation d'un paysage, d’une faune et d’une flore aussi divers ? Certains évoquent l’adaptation de l’Homo sapiens à son milieu et ses préférences innées pour certains types de paysages, d’autres pensent que la culture, les sciences, la biologie ou les arts nous permettent d’aimer la nature et d’en apprécier les beautés. N’oublions pas enfin l’expérience mystique du paysage dans notre rencontre avec l’ineffable.


Expérience physiologique, nous percevons la nature avec nos cinq sens, mais aussi métaphysique. L’humain est mis en contact avec le non-humain, avec ce qui n’a pas d’intention de sens. Les questions les plus profondes surgissent immédiatement.
C’est un signe des temps modernes, l’être humain souffre d’une atrophie sensorielle face à la nature. Et cette atrophie a des répercussions néfastes. Lorsque nous évoquons la beauté de la nature, il ne s’agit pas seulement d’un débat d’esthètes : nous sommes ramenés à considérer la fragilité et la destruction de la planète. Et donc à des problématiques politiques et écologiques.


Le discours traditionnel de l’écologie politique a trois choses à offrir : de l’expertise (des chiffres sur le réchauffement climatique etc.), de la catastrophe (les perspectives sont inquiétantes) et de la culpabilité (que nous soyons producteurs ou consommateurs). Ce discours a toutes les chances de rester inaudible, de ne pas prendre racine dans les cœurs. Je propose une approche différente : partir de l’esthétique, de l’émerveillement, et non de la catastrophe, pour essayer de remettre les consciences en mouvement.



Ainsi, il est urgent de raviver en nous la flamme de l’admiration pour tomber amoureux de la nature menacée. C’est dans cette perspective qu’ont été écrits ces textes et réunies ces photos.